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23 octobre 2021 6 23 /10 /octobre /2021 08:22

Mathieu Bock-Côté : « L’école comme champ de bataille »


PAR MATHIEU BOCK-CÔTÉ.

Cette chronique est parue dans Le Figaro de ce samedi 23 octobre. Il s’agit ici de  la révolution woke portée par une nouvelle gauche religieuse qui confesse sans gêne son désir d’anéantissement de la civilisation occidentale. MBC y poursuit son travail de défense de notre civilisation. On li en sait gré.    


Depuis la fin des années 2000, un cours étrange, le cours ‘’Éthique et culture religieuse’’, s’était intégré au cœur du programme scolaire. À défaut de convaincre le peuple, ses promoteurs voulaient en fabriquer un nouveau en transformant l’école en camp de rééducation

Ce n’est plus à démontrer, la « cancel culture », que certains traduisent en parlant de la culture de l’annulation, balaie le monde occidental. La révolution woke est portée par une nouvelle gauche religieuse, qui renoue avec la tentation totalitaire en d’autres temps décryptée par Jean-François Revel, Raymond Aron, George Orwell et Czeslaw Milosz, et confesse sans gêne son désir d’anéantissement de la civilisation occidentale. Des statues déboulonnées aux livres brûlés en passant par les conférences annulées ou tenues sous protection policière, on voit la foule lyncheuse resurgir dans l’histoire, avec une violence symbolique décomplexée qui laisse déjà entrevoir le désir de la violence physique.

Devant cela, les démocrates libéraux qui s’étaient convaincus de la pacification définitive de nos sociétés semblent sidérés. Que faire devant ceux qui ne respectent plus les exigences élémentaires de la démocratie libérale et qui sont étrangers psychologiquement aux exigences de la conversation civique? Comment éviter de tomber dans la paralysie politique devant de nouveaux fanatiques décidés à aller jusqu’au bout de leurs funestes convictions ? On retrouve là une pathologie depuis longtemps identifiée des démocraties, qui ne savent pas trop comment répondre à ceux qui veulent les abattre, et qui vont même quelquefois jusqu’à maudire ceux qui veulent les défendre fermement, comme on le voit avec le mauvais sort réservé à ceux qu’on appelle trop facilement les «populistes ».

De ce point de vue, il n’est pas sans intérêt de voir la France et le Québec s’unir, à travers leurs ministres de l’Éducation respectifs, dans un commun combat contre la « cancel culture ». Avec la tribune qu’ils ont cosignée, et qui est parue des deux côtés de l’Atlantique, ils cherchent désormais à théoriser cette résistance, à créer une alliance qui transcende les divergences idéologiques circonstancielles, en marquant leur opposition à ce qu’ils appellent avec raison ce nouvel obscurantisme. Cette alliance s’inscrit dans l’histoire longue et s’est réactivée autour des questions liées à la laïcité et la liberté d’expression ces dernières années.

On s’en souvient, au lendemain de l’assassinat de Samuel Paty, Justin Trudeau avait peiné à se solidariser avec la France, et s’était même permis d’ajouter que la liberté d’expression n’était pas celle de crier au feu dans un cinéma bondé. Autrement dit, il assimilait à un geste criminel la libre critique des religions. Plusieurs y ont vu une forme de soumission à l’islamisme. Elle s’expliquait aussi par le multiculturalisme revendiqué du premier ministre canadien, qui sacralise la sensibilité des «minorités». Au même moment, le premier ministre du Québec, François Legault, soutenait inconditionnellement la France. Résumons: le Canada est aujourd’hui le premier pays fièrement woke d’Occident, et seuls les Québécois s’opposent vraiment à cette tendance. On tolère bien mal, d’ailleurs, leur attachement à la langue française et à la laïcité, et leur vieille aspiration à l’indépendance qui, plus tôt que tard, pourrait renaître.

L’école, on le disait, est évidemment un champ de bataille essentiel de cette querelle. Il n’est pas sans intérêt de voir de quelle manière le gouvernement du Québec vient de chercher à la prendre à bras-le-corps. Depuis la fin des années 2000, un cours étrange, le cours «Éthique et culture religieuse», s’était intégré au cœur du programme scolaire, sous la pression de la mouvance multiculturaliste. Sous prétexte de transmettre des connaissances sur les religions, il transformait l’école en lieu de propagande diversitaire. Ses promoteurs ne s’en cachaient pas: ils entendaient endoctriner les jeunes générations, et les convertir à cette vision du monde, au nom de l’«ouverture à l’autre». À défaut de convaincre le peuple, ils voulaient en fabriquer un nouveau en transformant l’école en camp de rééducation.

 

Après une longue bataille menée par ses critiques, le gouvernement Legault vient d’abolir ce cours et le remplacera par un cours de culture québécoise et de citoyenneté. Ce cours, on l’espère, aura une triple fonction: résister à l’américanisation mentale des jeunes générations en les reconnectant à leur propre patrimoine culturel, intégrer à l’identité québécoise les élèves issus de l’immigration, et permettre à la jeunesse de se charpenter intellectuellement pour résister au nouveau totalitarisme qui prend la forme de la « cancel culture ». Ceux qui veulent résister à la révolution woke ne peuvent se contenter de le faire stoïquement: ils doivent contre-attaquer, et l’expérience des petites nations habituées à combattre pour leur identité n’est pas étrangère aux ressources existentielles mobilisées dans cette bataille. 

Mathieu Bock-Côté

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