
« La démagogie est à la démocratie ce que la prostitution est à l’amour. » (Georges Elgozy)
Il m’est souvent arrivé de faire l’éloge de la prostitution, mais aussi l’apologie d’une femme qui devrait être aussi chère au cœur des Français que Jeanne la Pucelle : la bonne Jeanne 1re, reine de Naples et comtesse de Provence. En 1347, ce n’est pas hier, cette souveraine autorisa l’ouverture des « maisons closes » pour le repos de ses guerriers et pour que la putain cesse d’être marquée du fer rouge de l’infamie. Et, pendant presque… 600 ans, les « bobinards », les claques, les bordels, les hôtels borgnes, ont fonctionné dans tout le pays pour le bien-être de sa population. Ils faisaient le bonheur du bourgeois, qui s’encanaillait en sauvant les apparences ; de sa bourgeoise coincée par son éducation, qui préférait les bonnes œuvres et « l’hôtel du cul tourné » aux galipettes lubriques ; des « gagneuses » qui profitaient de la notoriété de leur « maison » comme un marmiton fait ses armes chez les grands cuisiniers.
Bref, c’est tout un système social qui fonctionnait, et plutôt bien puisqu’il a perduré durant six siècles. Gloire donc à la comtesse de Provence ! Mais les meilleures choses ont une fin : le 13 avril 1946, à l’instigation de Marthe Richard, dite « l’Alouette », une demi-mondaine retraitée, la France fermait ses maisons closes. Cette loi scélérate s’est abattue sur le pays le jour où était annoncée l’autonomie du Cambodge. Il y a des jours où il vaut mieux ne pas ouvrir son journal ! Marthe Richard, surnommée aussitôt « la veuve qui clôt », pensait œuvrer pour la santé morale et mentale de ses concitoyens. La France condamnait le « sport en chambre » – fauteur de chaudes-pisses, véroles et autres maladies sexuellement transmissibles – et prônait le sport tout court. Fini les bordels, on construisit un peu partout, aux frais du contribuable, des stades, des gymnases et des piscines municipales. Et plus personne ne sait, depuis lors, combien les sports d’équipes débiles – principalement le football – ont occasionné de blessures graves : tibias, péronés, fémurs, ménisques, ligaments endommagés à tout jamais ? Combien de verrues plantaires et autres maladies du derme et de l’épiderme doit-on aux piscines municipales, ces grandes lessiveuses démocratiques dans lesquelles barbote une engeance qui n’est pas toujours propre ? Les arrêts cardiaques pour effort violent sont plus fréquents sur les stades que chez les dames de petite vertu (d’ailleurs, l’histoire n’a pas retenu grand monde en dehors du président Félix Faure et du cardinal Daniélou).
Par idéologie – bien avant que le « syndrome sécuritaire » ne soit à la mode – Marthe Richard a mis la prostitution dans la rue. Le trottoir n’a rien réglé mais il a fait la fortune des réseaux mafieux. Depuis la nuit des temps, le rôle social de la putain n’est plus à démontrer. J’affirme qu’avant la fermeture des maisons closes le divan de ces dames remplaçait avantageusement les psys et autres charlatans de la détresse humaine. Mais il est une forme de tapin qui est, à mes yeux, nocif et condamnable. Je veux parler de la prostitution politique ; la démagogie racoleuse d’aigrefins, de menteurs, de voyous, prêts à tuer père et mère pour conserver leur siège, leurs avantages exorbitants ou leur juteuse gamelle.
Mon père, qui avait le sens de la formule cinglante, traitait certains politiciens (politi-chiens ?) de « pédérastes moraux ». Je pense que ce qualificatif convient bien au sieur Laurent Veau-Qui-Est. Edgar Faure disait : « Ce n’est pas la girouette qui change, c’est le vent ». Ce politicard madré savait de quoi il parlait car les centristes ne sont rien d’autre que des transsexuels politiques. Ils sont capables de se renier sans état d’âme. On se souvient de Baille-Roue appelant à voter pour Hollandouille puis se ralliant à Narcisse-Jupiter Macron. Ces gens-là ont la félonie et la traîtrise dans le sang. Mais ce grand écart idéologique n’est pas réservé aux seuls centristes ; à l’extrême-gauche comme dans la « gauche-caviar » ou la « droite-cachemire » la capacité à suivre le sens du vent par démagogie est une seconde nature. Un brusque grand écart ne risque pas d’endommager leurs attributs virils car, comme chantait Georges Brassens « par bonheur ils n’en avaient pas ».
Depuis des lustres, nous sommes gouvernés par des lopes émasculées !
Mais revenons à Laurent Veau-Qui-Est car ce grand benêt en apparence est l’archétype, le « maître-étalon » de la pute politique qui aurait légitimement sa place au pavillon de Breteuil.
Il fait ses études à Louis-le-Grand. Il les poursuit en classes préparatoires littéraires (Khâgne) au lycée Henri-IV. En 1994, il est admis à Normale Sup et reçu premier à l’agrégation d’histoire.
Diplômé de l’IEP-Paris et titulaire d’un DEA de droit public, il intègre l’ENA dont il sort major en 2001. C’est donc un beau profil de « crâne d’œuf », de tête bien pleine à défaut d’être bien faite, qui démontre que les diplômes ne sont pas forcément gage d’intelligence. Le bon sens et l’honnêteté intellectuelle ne s’apprennent pas non plus dans les grandes écoles.
En 2004, Il entrait au Palais Bourbon en remplacement de Jacques Barrot, ancien secrétaire général du CDS, un sigle que le dessinateur Pinatel traduisait par « Cons De Service », un parti de faux-derches centristes. Avec un tel mentor, Laurent Veau-Qui-Est était à bonne école.
Paré de tous les parchemins qui aident à faire carrière en politique, il aura eu un parcours de fils d’archevêque, bien aidé par le système mais surtout par ses talents ondulatoires. Car ce garçon n’est pas une girouette, c’est plutôt un métronome : un coup à droite, un coup à gauche. Avec son air faussement niais, c’est lui qui rythme la cacophonie de la messe de requiem de cette Ve « Ripoux-blique » finissante. Certes, il n’est pas le seul car, de nos jours, tous ceux qui ont une responsabilité dans le délitement, l’avachissement et l’envahissement de la France nous expliquent qu’ils veulent accéder à la fonction suprême pour sauver le pays. Mais pour les bons cathos et la droite tiédasse, Veau-Qui-Est était vu comme un homme de droite : issu de la bonne bourgeoisie, bon père de famille catholique, il les rassurait car, dans sa région, il était « un barrage contre l’extrême-drrrooooaatte ». Il est vrai que, sur tous les sujets, il aura été capable de dire tout et son contraire. « Je suis oiseau, voyez mes ailes… je suis souris, vivent les rats » fait dire Jean de La Fontaine à la chauve-souris de la fable qu’on dirait écrite pour Veau-Qui-Est. On la vu, par exemple, soutenir des chrétiens d’Orient puis… les lâcher. Ou condamner la Loi Taubira instaurant le « mariage pour tous » pour ensuite faire machine arrière sur un plateau-télé. Comme disait un de mes amis, vieux colonial, « il a rétropédalé sur les pédales ». À moult reprise ce faux dur s’est élevé contre la tiédeur de son propre parti jugé trop centriste. Veau-Qui-Est sait donner un coup de barre à droite quand ça l’arrange. En avril 2025, il proposait la création d’un « Centre de Rétention administrative » à Saint-Pierre-et-Miquelon afin d’y enfermer les étrangers sous OQTF. C’est le genre d’annonce, totalement irréaliste et irréalisable, qui plaît aux beaufs et aux piliers de comptoir du Café du Commerce.
En 2011, Veau-Qui-Est déclarait « Marine Le Pen n’est pas une personnalité républicaine ». En cas de duel FN-gauche, il appelait à voter pour le candidat opposé au Front National. En mai 2017, il déclarait dans « Valeurs Actuelles » : « Ma position n’a jamais varié : pas d’alliance avec la gauche et le FN. Une seule boussole : les valeurs de la droite et du centre. ».
Laurent Veau-Qui-Est aura été maire du Puy-en-Velay, député, président du conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes, ministre, secrétaire général (puis président) de l’UMP avant de redevenir député avec pour ambition d’être LE candidat d’une droite unie pour les présidentielles de 2027. Pour réussir son coup, il a brigué la présidence des Républicains face à Bruno Re-Taïaut-Taïaut et a pris une veste mémorable : 75 % des voix pour Re-Taïaut-Taïaut, 25 % pour lui. Une gifle, un désaveu que cet enfant trop gâté n’a pas toléré. Un type normal aurait rasé les murs, pas lui.
Après avoir dit à plusieurs reprises pis que pendre du ténébreux Edouardo Philippe, alias « le panda », alias « Fantomas », voilà qu’il vient de poignarder Re-Taïaut-Taïaut en appelant à voter pour Philippe. Vous me direz que dans la série des « Fantomas », le comique de service, – le commissaire Juve – était joué par Louis de Funès, mais lui il avait du talent (et il faisait rire). Veau-Qui-Est est un clown triste. Bien que bardé de diplômes, il n’a pas compris que la droite ne reviendra au pouvoir qu’en affirmant ses valeurs, en se battant pour ses idées et en coupant les ponts avec les centristes.
Au risque de me répéter, je pense que la putain a des valeurs morales et une dignité que les hommes (et femmes) politiques n’ont plus depuis longtemps. « Il n’y a pas de sens de l’histoire, disait Bastien-Thiry. Ce qui fait l’histoire c’est la volonté des hommes. Ce sont leurs intentions bonnes ou mauvaises ». Celles de Veau-Qui-Est sont mauvaises et j’espère que sa dernière félonie marquera la fin de sa carrière politique…
Cédric de Valfrancisque