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4 février 2017 6 04 /02 /février /2017 17:39

http://www.bvoltaire.fr/mariedelarue/ice-and-salt-challenge-a-societe-moribonde-defis-debiles,311497?mc_cid=0c3ff14047&mc_eid=58ff097ba7

Dans un monde qui n’est plus que marchand, où toutes les utopies sont mortes et où il n’y a plus rien à transgresser, c’est l’ennui qui tue le plus.

Marie Delarue

Ecrivain, musicienne, plasticienne

 

 

Dans sa chronique quotidienne sur RTL, Pascal Praud commentait l’autre matin le nouveau défi débile et dangereux qui agite maintenant les cours de collège et les réseaux sociaux : le « Ice and Salt Challenge », soit défi « sel et glaçons ».

Explication : « Des adolescents s’aspergent le bras de sel et appliquent dessus un ou des glaçons. C’est douloureux. Ils se filment. Il faut tenir le plus longtemps possible au risque de se brûler la peau, parfois au second degré. »

Comme le dit ce monsieur, c’est « navrant et affligeant », comme tous les défis imbéciles qui se succèdent et rivalisent de bêtise en réseau.

Sans doute issu d’un milieu d’enfants sages, Pascal Praud pointe du doigt cette « époque qui a remplacé les romans d’aventure par les téléphones portables, les sports de ballon par des jeux virtuels et les cours de latin par des défis sur Facebook ». Sans doute n’a-t-il pas connu la guerre des boutons, la vraie ; les glissades en hiver sur les mares à peine gelées, les bombes artisanales qui explosaient au fond des jardins ou l’escalade des grues de chantier… Les anges gardiens existent, je les ai rencontrés. Ils ont souvent fort à faire avec les enfants et, reconnaissons-le, ils font souvent très bien leur boulot. Papa Maman, si vous saviez…

Mes parents ont quitté ce bas monde en ignorant toutes les âneries que nous avions pu commettre, tout comme leurs parents ignoraient celles qu’ils avaient commises, tout comme nous ignorons celles de nos enfants. À moins que…

Lorsque Pascal Praud déplore « Nos enfants débloquent, aspirés par le néant », ce n’est, au fond, ni plus ni moins vrai qu’hier.

La différence est qu’aujourd’hui, on se met en scène, on se filme, on « partage » sa connerie avec celle du voisin. « On peut rire, on peut pleurer, on peut aussi essayer de comprendre. Et si les moins de 25 ans aimaient se faire mal ? Et si l’autodestruction devenait leur ambition ? À quand l’épreuve du feu façon immolation, à condition de se filmer, bien évidemment », poursuit ce monsieur qui propose, « histoire de changer le cours des choses […] un “grammaire challenge”, et même on dirait “défi de grammaire”, instructif et sans danger ».

Tout cela, en apparence, est bien insignifiant. Faux. Au fond, cela en dit au contraire beaucoup sur notre société, et là, pardon M. Praud, mais vous vous gourez totalement. Vous savez quoi ? La jeunesse s’ennuie, mortellement, au vrai sens du mot. Elle s’emmerde à mourir dans un monde – le vôtre – qui, à chaque instant, lui dresse des barrières, veut l’emmitoufler, la casquer, la prémunir contre tous les dangers de la vie. À chaque coin de rue, sur chaque écran, dans tous les postes, Big Mother prétend lui apprendre à manger, à se moucher, à se torcher, à ne plus penser qu’à son nombril douillet et à chômer tranquille.

Eh oui, Pascal Praud, avec votre challenge de grammaire – et Dieu sait, pourtant, que j’aime la grammaire –, vous n’êtes qu’un éteignoir de plus ! Les adolescents ont besoin de bouger, de vivre, de se jeter des défis PHYSIQUES ! Vous savez, ce truc qui remonte au temps des cavernes : le combat, la lutte, la chasse à l’ours, le duel… bref, ce qui permet d’évacuer la testostérone. Quand on a retiré tout cela, il ne reste plus que les jeux débiles, l’anorexie (vécue comme une extrême maîtrise du corps), pour certains le djihad, et pour la plupart la drogue qui sert à oublier qu’on nous transforme en veaux.

Curieusement, monsieur Praud a oublié qu’il fut un temps, encore assez récent, où l’aventure n’était pas que dans les romans. Où s’offrir le bout du monde ne se résumait pas à l’achat d’un billet d’avion.

Dans un monde qui n’est plus que marchand, où toutes les utopies sont mortes et où il n’y a plus rien ou presque à transgresser, c’est l’ennui qui tue le plus.

 

 

 

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